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Evénement

L'occupation tourne vinaigre à l'EHESS
L'Ecole des hautes études en sciences sociales a été pillée par des militants radicaux.

Par Charlotte ROTMAN
jeudi 23 mars 2006



les enseignants et chercheurs de l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) avaient fait de leur école du VIe arrondissement de Paris un lieu de débat sur le CPE. Hier soir, ils sont sortis «la mort dans l'âme» et «sous les injures», laissant leur bâtiment à une cinquantaine d'occupants extérieurs à l'école. Vers 19 heures, la présidente Danièle Hervieu-Léger, «meurtrie» et «inquiète», a été la dernière à partir avec une vingtaine d'enseignants.

Elle déplore le vol d'une dizaine d'ordinateurs, contenant des années de recherche, et des dégradations, comme le saccage de la salle de vidéoconférences. Face au pourrissement, la présidente de l'EHESS a requis les forces de l'ordre, à trois reprises. Sans effet, jusqu'à hier soir. Au 105, boulevard Raspail, les occupants filtrent les entrées depuis lundi. La plupart ne sont pas étudiants. Ils se méfient des journalistes et rechignent à dire qui ils sont. Une banderole les présente : «Travailleurs, sans papiers, taulards, étudiants, lycéens, chômeurs, précaires, [...] pianistes, squatters, chiens, chats». Leur lutte dépasse le CPE : «Nous ne sommes pas là pour pleurnicher sur le grignotage de nos-acquis-sociaux-conquis-de-haute-lutte par le Front populaire, la gauche plurielle et autres organisations de tous poils qui nous promettent un salariat plus sympa», affirme leur tract. Sur le papier, ils disent vouloir «faire un lieu ouvert, sans propriétaire, ni corporatisme (y compris étudiant) où nous tenterons d'inventer des formes de lutte adaptées à la situation». Dans les faits, le résultat s'avère assez peu convivial.

Mercredi, le climat était très tendu. Les enseignants «solidaires», mobilisés contre le CPE, ont une dernière fois tenté de débattre avec les occupants. Ils en sont sortis consternés. «Vous foutez la merde dans le mouvement des étudiants», a lancé un directeur d'études en histoire. En réponse, des jeunes filles anars ont entonné la Mauvaise Réputation de Brassens. Les étudiants qui souhaitaient poursuivre leur combat contre le CPE se sont réfugiés dans un autre bâtiment. «Je suis désespérée par la tournure que cela prend», confiait une jeune femme, inscrite en philo, qui avait participé à tous les débats.

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